« Je regrette d’être plus sollicité par Lyon ou Grenoble que par mon propre territoire »

Jean-Louis Gagnaire, législativesJean-Louis Gagnaire, 56 ans, député PS de la Loire et vice-président du conseil régional de Rhône-Alpes.

Êtes-vous globalement satisfait du pacte de compétitivité ? 
J’adhère au constat sans appel dressé par Louis Gallois sur « la régression de la
compétitivité de l’industrie française depuis dix ans », et j’approuve les 35 mesures clefs pour relever le défi du redressement et de la compétitivité de l’économie française décidées par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault. La plus emblématique vise à faire baisser le coût du travail par un allègement de 20 milliards d’euros sous forme d’un crédit d’impôt, le Crédit d’impôt pour la Compétitivité et l’Emploi (CICE). C’est une mesure puissante, correspondant à 6% du coût du travail, avec un effet immédiat sur les impôts des entreprises au titre de l’exercice 2013, et, pour les PME qui le demandent, un effet en trésorerie dès l’année prochaine. Je plaide pour que cette mesure phare s’articule autour d’un système simple et universel si l’on veut garantir son efficacité sur toute la chaîne de valeur des entreprises françaises. Tout en étant vigilant pour que cette mesure bénéficie prioritairement aux entreprises qui sont concurrencées à l’export et sur le marché intérieur. En contrepartie, il sera nécessaire d’évaluer les effets de ce pacte de confiance avec les entreprises et de prévoir une clause de revoyure.

Par ailleurs, le plan permet de placer le dialogue social en pilier de la compétitivité de l’économie. Après dix ans de stigmatisation des partenaires sociaux, la modernisation de l’économie, la performance des entreprises et la compétitivité de nos secteurs industriels passent aussi par une démocratie sociale dans les entreprises renouvelée. Si l’on se réfère au sursaut de l’industrie en Allemagne ou au Québec, on sait qu’il découle aussi de la participation des salariés et de leur implication dans la stratégie de développement des entreprises. Rien ne sera facile pour reconquérir le terrain perdu depuis 10 ans, mais je salue le courage du gouvernement qui choisit de fonder le sursaut industriel de la France sur l’innovation, la recherche, la formation, le soutien à l’investissement.

A quoi va servir la Banque publique d’investissement (BPI) ?
Le resserrement du crédit bancaire est une caractéristique majeure et durable de la
crise économique et financière depuis 2008. Dans le même temps, on constate une sous-
capitalisation structurelle des PME françaises qui accroît encore leurs difficultés à atteindre la taille critique. Une intervention plus directe de la puissance publique permet de pallier ces carences qui affectent le financement des entreprises et l’activité économique. L’intervention de la puissance publique est particulièrement utile sur les phases les plus risquées de la vie d’une entreprise comme l’amorçage, sur les projets à forte intensité technologique avec un risque plus important mais aussi sur les secteurs industriels dont les projets se développent dans des temps longs et avec des taux de rentabilité parfois plus faibles. Avec 42 milliards d’euros, la Banque publique d’investissement va disposer des capacités d’investissement nécessaires au redressement économique et elle sera construite sur des priorités claires, le développement des PME et ETI, l’innovation et l’international. Elle garantira les temps longs dont ont besoin les projets industriels. Elle pourra, le cas échéant, intervenir comme un fonds souverain pour sauver les entreprises stratégiques des mains de repreneurs peu scrupuleux, voire de prédateurs étrangers. En aucun cas, elle ne devra devenir « l’infirmerie des entreprises malades » sauf à risque d’engloutir des fonds publics à perte.
C’est à partir d’expériences réussies déjà conduites en régions que la BPI pourra agir au plus près des entreprises. Ainsi, en Rhône-Alpes, nous avons développé une gamme complète d’outils de financement en bas de bilan avec des fonds de garanties, des avances remboursables et des prêts d’honneur mais également des fonds de capital risque ou des prêts participatifs pour faire face au besoin « en haut de bilan » pour financer la création (Rhône Alpes Création), le développement (Fonds régional d’investissement) ou la reprise par des salariés (Transmea). C’est pourquoi, une place importante pour les régions au sein de la BPI est déterminante pour lui assurer la réactivité et un ciblage fin des filières aujourd’hui nécessaires face à l’ampleur du défi de la ré-industrialisation. En Rhône-Alpes, nous sommes prêts pour les premières expérimentations dans le cadre de nos politiques de développement économique. C’est d’ailleurs ce que j’ai pu rappeler à Jean Pierre Jouyet, président de BPI lors de notre réunion de travail le 18 octobre dernier à Lyon. A cette occasion, je lui ai également proposé que la première réunion du conseil d’administration de la BPI soit organisée à Lyon, la principale place financière et bancaire de la région.

L’état de l’économie ligérienne vous inquiète-t-il ?
On observe un bilan contrasté : en tant que territoire industriel, le département a été profondément touché par la crise de 2008 provoquée par la financiarisation excessive de l’économie au détriment de l’économie réelle. Nous avons été atteints par de grands plans sociaux comme Siemens, Thyssen Krupp, Mavilor ou Akers. Le taux de chômage reste assez nettement supérieur à la moyenne régionale (9,4% contre 8,3% en Rhône-Alpes). Je suis également vigilant quant à la situation de trop nombreuses entreprises qui restent en difficulté. Dans le même temps, nous avons également enregistré l’implantation de nouvelles entreprises sur l’ensemble du territoire ligérien. Ce sont souvent des entreprises extérieures amenées par l’agence régionale ERAI. Dans ces conditions, il faut rassembler tous les acteurs et additionner toutes les énergies du département pour aller de l’avant. Il y a beaucoup de talents dans la Loire, de vrais savoirs faire mais aussi trop d’énergies dispersées. Ce n’est pas avec des chartes signées entre tous les acteurs publics que l’on réussira, mais en se mettant autour de la table pour faire de la conduite de projets efficace.
Au-delà des grands discours, j’observe, par exemple, que sur les derniers appels à projets des pôles de compétitivité, la Loire est inexistante alors que la Région Rhône-Alpes représente 30% des projets financés en France. En tant que vice-président du Conseil régional en charge du développement économique et de l’innovation, je regrette d’être plus sollicité par Lyon ou Grenoble que par les collectivités de mon propre territoire. La Région est trop souvent vécue comme un simple financeur alors que son rôle de chef de file du développement économique la conduit à mener des politiques ambitieuses et efficaces pour tous les territoires. En tout état de cause, il y a longtemps que j’ai compris que le développement économique ne se mesurait pas à l’arrière des rubans coupés lors des inaugurations.

Propos recueillis par Patrick Françon

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3 réflexions au sujet de « « Je regrette d’être plus sollicité par Lyon ou Grenoble que par mon propre territoire » »

  1. N’importe quel élève de 1ere ES verrait dans ce discours une accumulation de contre vérités. Ensuite, penser que le pouvoir donne le droit de dire n’importe quoi est une façon de faire assez répandue, (à droite comme à gauche). Enfin, situer le début de la fin il y a dix ans est devenu tellement convenu comme absence d’analyse que cela devient comique. J’admire tous ces fns connaisseurs en économie qui n’ont rien vu venir en 2008. Bref, nul et non avenu !

  2. Ce que l’on peut trouver quand même étonnant c’est que sur le pacte en faveur de la compétitivité jamais on ne lui parle de la hausse de la TVA…..dites, en tant que journaliste, vous avez le droit de poser des questions embarrassantes…..
    Rappelons, tout de même, que le PS n’avait pas eu de mots assez durs pour critiquer la mise en place de la TVA anti-délocalisation et que François Hollande s’était engagé à ne pas toucher à la TVA……on sait quelle valeur accorder à la parole donnée par un candidat du PS en campagne que tous les ligériens s’en souviennent pour 2014 !

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