« Le projet Plaine et Côte Roannaise aurait dû être la fierté du corps préfectoral »

Jean BartholinJean Bartholin, conseiller général de Saint-Haon-le-Châtel. Avec deux autres élus, il a quitté le groupe socialiste au Département pour créer un groupe « Gauche républicaine » et marquer son opposition à la nouvelle mouture de l’agglomération du Grand Roanne.  

Quels sont vos principaux motifs de refus d’un Grand Roanne de 40 communes ?
Globalement, nous nous opposons à ce paradigme qui instille sur des bases non démocratiques une nouvelle forme d’action publique de plus en plus technocratisée et flirtant avec les concepts de l’économie compétitive. En privilégiant d’abord une logique de taille fondée sur des économies d’échelle illusoires, les convertis à ce modèle utilisent pour l’imposer le prétexte de la rationalisation de la coopération intercommunale : détournée de ses objectifs, la coopération intercommunale devient ainsi le « cheval de Troie » d’une modernisation prétendument salutaire de l’action publique devant la fatalité d’un monde de plus en plus compétitif, ou d’une société de plus en plus consumériste.
Aussi, face au dogme selon lequel « plus on sera grand, plus on sera fort », les élus refusant l’intégration du territoire dont ils portent la préoccupation dans « une communauté d’agglomération élargie »  ont pour eux cette expérience  d’être en contact permanent et direct avec les réalités les plus quotidiennes d’un terrain qu’ils connaissent et qu’ils aiment : c’est bien d’abord leur vécu et leur engagement en tant qu’élus responsables qui fondent les raisons de leur résistance, tout comme leur conviction de faire vivre ainsi l’idéal républicain.
(…) Notre projet « Plaine et Côte Roannaise », misant sur un élargissement réaliste et un approfondissement ambitieux de la coopération intercommunale, est pour nous la meilleure façon de contribuer à la vitalité du Roannais tout entier. Certes, il s’attache aux problématiques spécifiques d’un territoire vécu : éviter la dérive du territoire dortoir là où la périurbanisation doit être maîtrisée, remettre de la vie là où la dérive du désert menace comme dans tous les territoires ruraux les plus excentrés. Il s’inscrit aussi dans une vision globale du développement  dans toutes ses composantes : sociale, culturelle, éducative et économique. (…) Ce projet s’inscrit dans une organisation harmonieuse de l’ensemble des territoires qui composent le Roannais, avec le souci de faire vivre activement leur complémentarité. Il exprime clairement la volonté de coopérer là où c’est nécessaire, avec tous les territoires et notamment son agglomération. (…) Il existe des outils pour ce faire, tel le Syndicat Mixte du Pays Roannais, ou autres conventions parfaitement prévues par la loi.

Comment s’articule ce projet alternatif ?
La sincérité du projet « Plaine et Côte Roannaise », collectivement réfléchi depuis 4 ans, est à l’opposé du paradigme évoqué plus haut, et dans lequel s’inscrit le modèle de la Communauté d’agglomération Roannaise à 40 communes. Il répond précisément aux ambitions de la coopération intercommunale, à ses moyens, exigences et raisons d’être. Misant sur la responsabilité des élus dans la proximité des citoyens et du territoire, il réaffirme implicitement les principes de la République décentralisée. Seul projet volontariste de fusion proposé à l’initiative de 3 communautés de communes (ainsi qu’une commune isolée), la proposition « Plaine et Côte Roannaise » aurait dû être la fierté du corps préfectoral de notre département ! De fait, elle a été constamment et délibérément ignorée lors de l’élaboration du Schéma départemental de coopération intercommunale, sous la pression d’élus sans doute convaincus de leur modèle de pensée et qui ont voulu imposer un cadre, mais sans projets, à d’autres élus, en répétant cette idée fixe : «  pour exister face à la Métropole lyonnaise, le Roannais doit disposer d’une communauté d’agglomération dépassant 100 000 habitants » !

Les élus sont mobilisés. Quid des citoyens ?
Mais, on n’a pas attendu cette triste histoire pour associer les citoyens ! Déjà, dans notre vécu intercommunal, nous avons à notre actif  certaines expériences associant les citoyens comme parties prenantes de l’action publique locale : l’approfondissement et  l’élargissement de cette démarche fait d’ailleurs bien partie du projet « Plaine et Côte Roannaise ». Souvent, nos communautés ont misé sur le partenariat avec le tissu associatif, et nous avons su mobiliser dans l’action nos habitants pour engager des expériences innovantes en matière de développement social, éducatif et culturel.
(…) Nous avons largement partagé auprès de nos habitants les réflexions engagées depuis 4 ans au sein de  notre communauté sur cette question  de l’évolution de la coopération intercommunale, tout en leur donnant la possibilité de faire remonter leur point de vue. Plus tard, le projet « Plaine et Côte Roannaise » a été diffusé à toute la population des 24 communes concernées. Enfin, les 5 réunions publiques que le collectif des élus « résistants » pour exposer les tenants et aboutissants du débat ont connu une affluence insoupçonnée. N’oublions pas non plus la manifestation qui a rassemblé à Renaison, près de 2000 personnes en avril 2012, et dans la foulée : cette pétition qui a recueilli près de 5000 signatures « contre l’annexion du territoire Plaine et Côte Roannaise ».
(…) Je pense aussi que les habitants sont très attachés au territoire où ils vivent, ainsi qu’à la proximité de leurs élus, et qu’ils nous soutiennent d’abord pour cela ! Si l’on effectuait un sondage, faute de referendum, je suis prêt à parier que plus de 85 % de la population concernée par le territoire « Plaine et Côte Roannaise » soutient notre projet, et s’oppose à ce que leurs élus vivent comme une « annexion bien programmée» ! Quant aux habitants de Roanne et des communes urbaines, je ne suis pas certain qu’ils soient vraiment emballés par l’élargissement du Grand Roanne sur la Côte et l’Ouest Roannais. Eux aussi sont sans doute très attachés à la proximité de leurs élus. (…) Il est probable que l’obstination manifeste à vouloir imposer à tout prix cette idée fixe d’une communauté d’agglomération élargie ait choqué les citoyens urbains tout comme les citoyens ruraux.

Propos recueillis par Patrick Françon*

(*) Certaines réponses de Jean Bartholin, transmises par mail, ont été recoupées pour cadrer avec le format de l’interview.

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